L'émergence des fonds hybrides en Europe redessine l'écosystème des fonds d'investissement non coté. Pour les sociétés de gestion, ces véhicules répondent à la recherche de nouvelles sources de revenus récurrents. Parallèlement, l'intérêt croissant des investisseurs de détail pour les fonds non cotés crée une opportunité majeure de démocratisation. Cette tendance est soutenue par les pouvoirs publics nationaux et européens, qui cherchent à orienter l'épargne vers le financement long terme de l'économie réelle. La réforme ELTIF, la loi Industrie Verte en France et la future stratégie européenne Savings and Investment Union accélèrent ce mouvement. Les fonds hybrides apparaissent comme un véhicule pivot entre le non-coté et les fonds traditionnels.
FONDS HYBRIDES : CARACTERISTIQUES DISTINCTIVES PAR RAPPORT AUX FONDS D’INVESTISSEMENT NON-COTES TRADITIONNELS

Bertrand Turquier
Group Product Manager PERES
Les fonds hybrides combinent, à l’actif, les stratégies traditionnelles d’investissement dans des actifs non cotés avec les mécanismes de gestion du passif et de règles de fonctionnement moins complexes des fonds Mainstream : durée de vie « perpétuelle », possibilité de rachat, simplicité du mode de règlement des parts de fonds souscrites, investissement immédiat, distribution autorisée auprès d’investisseurs de détail.
A l’actif, ils investissent majoritairement dans des actifs non cotés (capital-investissement, dette privée, infrastructure, immobilier) selon une structure ouverte « evergreen ». Contrairement aux fonds fermés (durée de vie de 8 à10 ans), cette structure permet de conserver les investissements plus longtemps sans contrainte de liquidation.
Au passif, les fonds hybrides se distinguent par une accessibilité élargie aux investisseurs de détail avec des tickets d'entrée réduits, un mode de règlement simplifié (règlement/livraison en Euroclear France), une libération intégrale des parts (pas d’appels de fonds), et une semi-liquidité offrant des rachats périodiques (bimensuels ou mensuels) dans des limites prédéfinies (plafonnement des rachats notamment).
S’ils revêtent une apparence plus « Mainstream », ces fonds hybrides demeurent néanmoins des investissements plus risqués du fait de la nature des actifs non cotés et pour lesquels les caractéristiques évoquées ci-dessus doivent être appréhendées par cette nouvelle classe d’investisseur de détail.
UNE DYNAMIQUE DE CROISSANCE PORTEE EN FRANCE PAR L’ASSURANCE-VIE ET LES INITIATIVES REGLEMENTAIRES
L’essor des fonds hybrides dans les portefeuilles des assureurs Vie français
Les assureurs-Vie français jouent un rôle central dans la montée en puissance des fonds hybrides et constituent le principal vecteur de distribution au travers des contrats d’assurance vie proposés à leur clientèle. Ces véhicules d’investissement permettent aux assureurs de diversifier l’allocation de leurs portefeuilles d’investissement, d’améliorer le couple rendement / risque dans un environnement de taux encore volatil et de répondre à la demande croissante des épargnants pour des solutions d’investissement de long terme plus performantes.
Un cadre politique et réglementaire fortement incitatif
Les réformes européennes et locales ouvrent progressivement l’accès des investisseurs de détail aux marchés des actifs non cotés : ELTIF 2.0 autorise la distribution à la clientèle Retail, les rachats de parts pendant la durée de vie du fonds, assouplit les règles de liquidité et de diversification, rendant ces fonds plus attractifs. La loi Industrie Verte en France oriente l’épargne réglementée et assurantielle vers le financement des entreprises européennes en obligeant les assureurs à intégrer une part minimale d’actifs non cotés labellisés dans les contrats d’assurance-vie. Le projet Savings and Investment Union (SIU) vise à créer un marché européen plus intégré pour l’épargne longue, au bénéfice des actifs non cotés.
Cette dynamique renforce l’attrait des fonds hybrides comme vecteurs privilégiés de canalisation de l’épargne vers cette classe d’actifs.
Des perspectives de marché favorables à long terme
Malgré des conditions macroéconomiques et géopolitiques incertaines, les prévisions de croissance des investissements dans les actifs non cotés sont de l’ordre de 10% par an jusqu’en 2030*, portés par des niveaux historiques d’engagement et une reprise cyclique de l’activité de fusion/acquisition.
En Europe, l’investissement dans les actifs non cotés amorce une phase de transformation robuste, soutenue par une croissance structurelle, une intégration progressive des investisseurs de détail et l’essor du crédit privé comme classe d’actifs prépondérante. En effet, selon les projections, les actifs de crédits privés en Europe pourraient plus que doubler d’ici les cinq prochaines années sous l’effet combiné des initiatives réglementaires, du désengagement des banques traditionnelles dans le financement de ces investissements, des perspectives de croissance alimentées par des assouplissements budgétaires et de l’augmentation des dépenses dans les domaines comme les infrastructures ou la défense.
Au total, l’Europe pourrait voir une réorientation significative de l’épargne vers les marchés privés d’ici 2030, transformant le paysage du capital-investissement et du crédit privé pour tous les segments d’investisseurs.
ENJEUX POUR LES ACTEURS DE L’ASSET SERVICING
L’essor des fonds hybrides impose aux dépositaires et administrateurs de fonds une adaptation de leurs modèles opérationnels et de leurs offres de services. Cela inclut une automatisation des flux pour répondre à des fréquences rapprochées de calcul de valeur liquidative, une capacité à gérer de forte volumétrie d'investisseurs et de transactions, des canaux de distribution multiples, des mécanismes avancés de suivi de liquidité et une connectivité accrue des métiers entre l’univers mainstream et celui du non coté.
Les équipes opérationnelles doivent maîtriser à la fois les spécificités des fonds Mainstream et des fonds non cotés, ainsi que les différentes stratégies d'investissement. Cette hybridation nécessite un effort de formation et de décloisonnement des expertises.
Les fonds hybrides ouvrent la voie à l'évolution des offres existantes : centralisation multicanal des souscriptions/rachats, développement des services de Middle Office, et outils de financement adaptés pour gérer les distorsions de flux de trésorerie.
L’APPROCHE DE CACEIS
CACEIS met à profit sa large expertise dans les deux univers des fonds mainstream et non listés et propose un modèle opérationnel unique et évolutif, spécialement conçu pour gérer les fonds hybrides.
Dans les activités de Conservation/Dépositaire, CACEIS améliore la performance de ses plateformes pour autoriser toutes les structures de fonds (y compris SPV) et une large gamme d'actifs financiers listés et non listés, garantissant une gestion sécurisée et globalisée.
Dans la distribution des fonds, CACEIS traite tout type de structure en supportant les différents modèles : Transfer Agent (TA), CSD (Euroclear France) et Blockchain, avec une centralisation globalisée des ordres et des outils avancés de gestion de liquidité conformes à l'AIFMD2.
Dans la gestion administrative et comptable, CACEIS renforce les chaînes de traitement automatisées et standardisées pour gérer le raccourcissement des fréquences de calcul des valeurs liquidatives (mensuelles ou bimensuelles), répondant aux attentes des investisseurs et des assureurs Vie.
Services additionnels, CACEIS propose également un service de middle office pour la gestion des prêts privés et syndiqués, un soutien à la distribution internationale via sa succursale au Luxembourg, et des solutions de financement adaptées pour gérer les décalages de trésorerie actif/passif.
Conclusion
Les fonds hybrides représentent une évolution structurante pour le marché européen des fonds d’investissement non coté. Pour la clientèle de détail, ils offrent un accès simplifié à des actifs historiquement réservés aux clients institutionnels, avec un potentiel de rendement attractif et une expérience d’investissement plus lisible.
À l’horizon 2030, la croissance attendue des investissements dans les actifs non cotés, combinée au rôle central de l’assurance-vie en France comme principal véhicule d’épargne, crée un réservoir de développement considérable pour ces fonds hybrides.
Il apparaît nécessaire pour les acteurs de l’Asset Servicing d’adapter leurs outils, leurs compétences et leurs offres de services afin de se positionner comme des partenaires incontournables de cette nouvelle génération de fonds, captant ainsi une opportunité stratégique majeure au cœur de la transformation de l’épargne européenne.
* Source : PWC Global AWM & ESG Research Centre, Preqin, Monterey
