Prêt-emprunt de titres : retour sur 2020 et perspectives pour 2021

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2020 fut une année particulière pour l'industrie du prêt de titres. La crise sanitaire a eu un impact significatif sur les activités de trading. Les experts de CACEIS dressent le bilan de cette année inédite et se projettent sur 2021.

L’année écoulée, qui avait pourtant bien démarré, a vite été perturbée dès fin février par la situation sanitaire en Europe et le confinement en Italie. Alors que les économies mondiales commençaient à trembler, la forte volatilité des marchés a été source d’opportunités pour les acteurs de la cession temporaire de titres. Bien que de nombreux prêteurs aient été préoccupés par la situation, aucun mouvement de panique n’a été constaté et la plupart d'entre eux ont maintenu leurs programmes de prêts. Cette réaction mesurée a permis d'éviter une crise de liquidité en alimentant le marché en titres et en fluidifiant ainsi les cycles de règlement-livraison.

Dan CopinAu plus fort de la crise, entre mars et avril, « les activités de financement se sont maintenues et certaines négociations ont même vu leur volume augmenter en raison de craintes d’un manque potentiel de liquidités de la part de clients institutionnels. La demande d'emprunt de collateral de haute qualité est devenue de plus en plus chère, y compris pour les titres liquides dits « General Collateral ». La raison principale était la nécessité de collatéraliser les expositions sur les produits dérivés », explique Dan Copin, Group Head Securities Finance et Repo à CACEIS.

Les acteurs du secteur, prestataires et clients, ont rapidement adapté leurs méthodes de travail, en mettant en place une stratégie agile avec des équipes réparties sur différents sites et notamment en télétravail. L'infrastructure complexe des salles de marché a été rapidement délocalisée, tirant parti de la technologie et des réseaux pour travailler dans les meilleures conditions, y compris pour les traders. « Heureusement, la technologie d'aujourd'hui permet de tels aménagements, cela aurait été beaucoup plus complexe en 2008. Reste à savoir si le travail à distance se poursuivra, car il nécessite un changement de mentalité des salles de marché. Néanmoins, la situation exceptionnelle a montré que cela est possible et que nos plans de continuité d’activité sont solides », affirme Dan Copin.

Dès le début du mois d’avril, les banques centrales ont joué un rôle clé en apportant une réponse rapide, coordonnée et de grande envergure aux événements. Les stratégies déployées ont permis d’absorber avec efficacité le choc financier et les spreads sont rapidement revenus à des niveaux normaux.

Néanmoins, le retour rapide à la normale sur les marchés au cours du second semestre a fait disparaître les opportunités de prêts sur les opérations particulières, telles que les fusions et acquisitions, en raison de l'incertitude persistante. Les mesures prises par les banques centrales étaient nécessaires pour éviter une crise de liquidité, mais les marchés ont perdu leur dynamisme et sont devenus plutôt statiques. En fin d’année, le bilan pour les prêteurs de titres est plutôt négatif car leurs revenus sont globalement inférieurs à ceux de 2019 qui fut une excellente année. En revanche, les acteurs ayant à la fois des activités de prêt de titres et de financement ont vu leurs revenus s'équilibrer.

Donia Rouigueb« Pendant cette période de turbulences, nous avons considérablement développé notre communication auprès de nos clients afin de les rassurer. Beaucoup d'entre eux craignaient de devoir procéder à des ventes massives de positions et, avec les souvenirs ressurgissant de 2008, de ne pas se voir restituer les titres prêtés. Grâce à notre programme de prêt et de financement de titres, nous avons pu accompagner l’ensemble de nos clients, quels que soient leur profil et leurs besoins : fonds de placement et de pension, investisseurs institutionnels et banques centrales », affirme Donia Rouigueb, Head of sales, Securities Finance et Repo à CACEIS.

Enfin, il est important de rappeler que les équipes de Securities Finance et Repo de CACEIS ont également assuré en 2020 la migration avec succès de vastes programmes de prêts de titres, notamment au printemps en pleine période de confinement avec Candriam, et à l'automne, lors de la reprise des clients de KAS BANK, devenue succursale à 100% de CACEIS Bank le 1er novembre dernier.

2021, des perspectives plus favorables pour l'activité mais aussi de nombreux défis

Réaliser des prévisions pour 2021 est très délicat car beaucoup de choses ont changé et l'environnement restera très incertain tant que la pandémie ne sera pas endiguée.

Grâce à l'aide des banques centrales et à l'action des gouvernements, la reprise des marchés semble plus rapide que prévue et quelques opérations de fusions & acquisitions pourraient être réalisées, dans le cadre de projets de restructuration d’entreprises durement touchées par la crise. Ce mouvement de consolidation serait une bonne nouvelle pour les programmes de prêt de titres, car il crée des opportunités sur des titres spécifiques.

En attendant, « les volumes sur les obligations resteront probablement faibles car ils sont étroitement liés aux actions des banques centrales et à l’abondance des actifs liquides dits de haute qualité (HQLA), de sorte que nous verrons probablement les niveaux continuer à baisser en 2021 », pense Dan Copin.

Une chose est certaine : « les revenus des prêts de titres restent une excellente opportunité pour les investisseurs qui cherchent un moyen sûr de gagner quelques points de base de performance sur leur portefeuille. Les solutions sur mesure de CACEIS représentent à ce titre un atout pour les clients car elles les aident à définir une stratégie de prêt optimale et génératrice de revenus supplémentaires » rappelle Donia Rouigueb.

La réglementation et la conformité seront les sujets phares de l'année à venir

Le Règlement sur les opérations de financement de titres - SFTR - a été mis en œuvre en juillet dernier afin d'assurer une plus grande transparence des opérations de financement de titres. Il impose un engagement important en matière de déclaration et, même si l'agent prêteur est en mesure de supporter une part importante de cette charge, les clients devront être également impliqués.

De même, la phase 2 de CSDR, le Règlement européen sur les dépositaires centraux de titres, aura des impacts importants, notamment pour le monde obligataire qui concentre historiquement un nombre plus important de suspens de règlement/livraison en comparaison à celui des actions. Fort heureusement, cette réglementation a été repoussée en 2022, ce qui laissera le temps aux acteurs de s’y préparer.

Enfin, les critères ESG seront certainement le sujet le plus brûlant de 2021, dans un contexte où l’ensemble des acteurs économiques cherchent un moyen d’évoluer vers une économie plus durable. Le prêt de titres peut être parfaitement compatible avec les normes ESG, mais il reste encore des discussions à mener et des processus à mettre en place pour rassurer les investisseurs . L’un des points centraux est le vote aux assemblées générales. Pour les agents prêteurs, il sera nécessaire de développer des outils puissants pour collecter les nombreuses données nécessaires dans les pays où les clients ont une activité de prêt - en tenant compte du fait que les juridictions appliquent des règles différentes sur le droit de vote et sur la structuration d’une transaction de prêt.

« Nous sommes convaincus que l’industrie du gré à gré saura tirer parti de cette période difficile, grâce à l’innovation et l'ingéniosité financière, pour créer de nouvelles sources de revenus. Tel fut le cas dans la période postérieure à 2008 où nous avons assisté à l'essor du secteur du financement des titres », considère Dan Copin.

« Un aspect essentiel de notre activité a toujours été et restera le maintien d'un dialogue étroit avec nos clients pour comprendre leurs besoins, concevoir des produits appropriés et fournir des solutions sur mesure. Bien que le trading soit de plus en plus automatisé, le contact humain reste essentiel à CACEIS pour entretenir la relation avec nos clients, en travaillant ensemble pour trouver des solutions pour l'avenir », conclut Donia Rouigueb.

Cette proximité avec les clients et la qualité des services fournis sont depuis quatre ans reconnues par le marché, comme ce fut le cas en octobre 2020 avec trois des plus hautes récompenses obtenues lors des Global Investor ISF 2020 Awards. Ces résultats sont le reflet de l'excellente image de CACEIS dans ce domaine et de sa position de partenaire de confiance pour ses clients.

Malgré les périodes complexes de crise, l'offre de prêt/emprunt de titres de CACEIS continue de connaître un succès croissant grâce à sa flexibilité et à la qualité de l'accompagnement de sa clientèle.