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L’investissement ESG, un accélérateur de performance

© Zenzeta

Au vu de la croissance exponentielle qu’ils ont connue ces dernières années, les investissements ESG sont définitivement entrés dans une nouvelle dimension. Fin 2018, les investissements labellisés "sustainable" dépassaient les 30000 milliards de dollars, autant que les PIB des Etats-Unis et de la zone euro réunis. Pourtant le "green label", est-il un réel gage de rendement ?

Les investissement ESG approcheront bientôt la moitié des encours gérés par le secteur de l’asset management à l’échelle mondiale. En 2019, ils étaient déjà à plus de 40%. Entre  2016 et 2018, leur croissance s’est élevée à 34%. Quant aux fonds exclusivement liés à des stratégies ESG, ils ont franchi le cap des 2000 milliards de dollars à la fin juin 2019. La décennie à venir pourrait ainsi être à l’ESG ce que la décennie qui s’achève fut aux ETF : une immense fenêtre d’opportunité.

Ces solutions d’investissement profitent aujourd’hui d’une excellente dynamique, portés à la fois par les demandes pressantes du grand public, appuyé par ses responsables politiques, et par les récentes exigences des grands investisseurs institutionnels, de plus en plus sensibles à ces valeurs sociales. Depuis le petit épargnant jusqu’au fonds de pension multimilliardaire, l’ESG obtient l’adhésion de tous. 

Les fonds exclusivement liés à des stratégies ESG avaient franchi le cap des 2000 milliards de dollars fin juin 2019

L’ESG n’est plus une stratégie faite de compromis

Bien évidemment, le fort engouement rencontré aujourd’hui par les investissements ESG ne tient pas au seul fait qu’ils se fondent dans l’air du temps. Les revendications larges pour des pratiques plus responsables n’expliquent pas tout. S’ils veulent investir dans des entreprises qui ont intégré les critères ESG au cœur de leurs stratégies de développement, les investisseurs en attendent aussi et surtout des rendements. Ces entreprises doivent démontrer leur capacité à transformer leurs divers engagements ESG en leviers de création de valeur.

Aujourd’hui, il est communément admis qu’aspirations ESG et performances financières ne sont pas antinomiques, bien qu’elles aient longtemps affiché un léger strabisme divergent. Il ne s’agit plus pour les investisseurs d’avoir à s’engluer dans les compromis. La prise en compte des facteurs ESG dans les processus d’investissement génèrent désormais des gains appréciables. De manière générale, l’application de filtres ESG concourt à une gestion optimisée des portefeuilles, qu’ils soient actifs, passifs ou smart beta, sans que les rendements ajustés du risque ne s’en trouvent lésés.

Plusieurs explications méritent d’être évoquées. Voilà dix ans, les entreprises n’étaient pas autant versées dans les politiques ESG qu’elles ne le sont devenues. La responsabilité sociale n’avait alors pour elles rien d’une priorité. En 2011, selon une étude du cabinet KPMG, moins de 20% des sociétés cotées au S&P 500 divulguaient des informations relatives à leur comportement ESG. Pour les investisseurs, quel que soit leur bord, l’univers ESG comprenait encore de nombreux territoires vierges, mal renseignés, mal documentés, à l’image de ce que furent la plupart des marchés émergents au début des années 2000.

Le manque de données extra-financières alors disponibles a sérieusement réduit le champ des possibles, entraînant des carences en termes de diversification qui ont porté préjudice à la gestion de fonds, forcément moins rentables puisque limités dans leur allocation.

Une stratégie d’investissement rentable et avérée

Les entreprises communiquent de plus en plus sur leur positionnement ESG et les agences de notation actives sur ce secteur produisent des flux exponentiels de data. Pour les sociétés cotées, les données ESG sont devenues presqu’aussi abondantes que les habituelles données financières et les investisseurs ont vu ainsi leurs perspectives s’élargir. A l’ère du "all-sustainable", les performances suivent. Les milliers d’études consacrés à cette question le confirment dans l’ensemble. A titre d’exemple, il suffit de se tourner vers Morningstar et ses indices ESG. Ils ont été construits en 2016 et ils rassemblent les sociétés les plus performantes dans différentes régions, selon les critères ESG, en exploitant les analyses spécifiques de Sustainalytics. Plutôt que l’exclusion, ils privilégient les entreprises reconnues pour leurs meilleures pratiques ESG.

Sur la période  de décembre 2009 à fin 2017, l'indice Morningstar Europe Sustainability affiche une performance moyenne de 9,1% par an, légèrement supérieure à celle de l’indice Morningstar Europe. Légère, mais significative selon les conclusions de Morningstar. Sur 9 ans, le portefeuille des meilleurs profils ESG génère une performance de 2,3 fois supérieure à celui des plus mauvais profils ESG.

Après avoir cherché leur voie pendant quelques années, les filtres ESG sont à présent considérés comme des sources de rendement, avec une excellente orientation sur le long terme. 

Un couple rendement-risque gagnant  

Dans les années 1970, l‘économiste Milton Friedman avait proclamé peut-être un peu vite que la responsabilité sociale des entreprises consistait d’abord et surtout à dégager des profits. Depuis, il semble bien que ses thèses aient été quelque peu battues en brèche. Michael Barnett, de l’Université d’Oxford, et Robert Salomon, de l’Université de New York, ont étudié les performances de 1.214 sociétés cotées au S&P 500 et au Russell 3000 entre les années 1998 et 2006. Leurs travaux démontrent que les entreprises les plus impliquées dans leur développement durable se montrent les plus rentables.

A la lecture de ces résultats, les fonds investis dans ces entreprises bénéficient en retour d’une prime substantielle. En appliquant une méthodologie estampillée ESG, les gestionnaires d’actifs se retrouvent en mesure d’identifier de nouvelles opportunités créatrices de valeur avec une plus grande maîtrise des risques. 

Avec de telles statistiques, il est clair que la croissance des investissements ESG va pouvoir garder le pied sur l’accélérateur pendant encore un bon moment.


Regardez l'interview de Valéry Théry aux SPHERE ESG Conferences